06/02/2006

/à la seule connaissance des lèvres/

/ Il faudrait que la saison des clémentines dure toute l'année ; il faudrait plus d'un orage pour débarbouiller le coeur ; il faudrait que les éditeurs francophones se décident à publier De l'autre côté des cailloux à fond les ballons (multicolores) ; il faudrait que je puisse renverser les carences en magie de l'existence, par ce que je produis, ce que je touche ou, plus précisément, par la façon dont je touche ; il faudrait que j'arrête d'être blessé par de fausses impressions ; il faudrait que, pour Sam, Lilly rentre de New York maintenant, cela a assez duré ; il faudrait que j'arrête de trop penser la nuit, ou alors pas sans consolation ; il faudrait qu'avec Rodolphe nous écrivions une chanson aussi jolie que Blue Cloud de Daniel Jonhston ; il faudrait que je trouve quelqu'un en qui croire pour en écrire le texte et elle apparaîtra peut-être plus facilement ; il faudrait que S. vacille de ne pas s'endormir dans mes bras ; que son coeur plie bagages, fasse ses valises, se désolidarise de sa tête parfois, que ses bras découragés fanent de ne pas être à moi ; il faudrait que ça la brûle à un degré comparable au feu qui dévore et efface mes mains de ne pas la tenir la nuit, de ne pas s'arrimer à son dos, son front, de ne pas caresser son sexe et englober ses seins ; il faudrait qu'en pleine ville, une après-midi, il y ait des grâces même en trombes comme un jour de pluie soudaine ; il faudrait que Polly Jean remette The dancer dans la set-list de ses concerts, et c'est promis je ré-envisagerais La pornographie ; il faudrait une joie et une confiance qui me fassent inventer des rites magiques chaque jour comme le voeu exaucé si on ne se retourne pas tout le long de la rue Neuve, ou toucher le pied du Centaure de César qui, comme l'Histoire de la Belgique, a pléthore de balais dans le cul ; il faudrait que je puisse pour mon prochain bouquin écrire un chapitre magique qui, pour qui le lis, obligera instantanément la personne à qui l'on pense à nous téléphoner ou nous rejoindre sans délai, à faire un signe pour notre survie (bancale), pour plier les faiblesses du jour, ce sera le chapitre magique, il sera dans le livre, bien sûr je ne dirais à personne à quel emplacement, ça incitera tout le monde à le lire dans son intégrité, et ça marchera ; il faudra bien que ça marche, un jour ; il faudrait qu'il y ait un peu plus de vie par vie ; il faudrait qu'il y ait des tapis roulants pour le travail, des tapis volants pour les rencontres, et des tapis à se rouler dedans pour les grandes amours ; il faudrait qu'elle me laisse l'embrasser partout, dans tous ses coins, tous ses replis, et sur les bosses invisibles à l'oeil nu, les bosses laissées à la seule connaissance des lèvres ; quitte à laisser ma bouche en elle toute une journée entière ; il faudrait que j'écrive un seul roman comme Charles Laughton a fait un seul film et ce fut : La nuit du chasseur ; il faudrait que je passe une journée entière, oui, avec elle, une journée entière fermée aux autres pour faire l'inventaire de ses grains de beauté ; il faudrait qu'on me parle de mes textes le coeur tremblant comme le fit la jeune étudiante allemande de Cologne ; il faudrait que je choisisse un jour entre accorder trop d'importance aux blessures et être blessé de ce que le temps justement leur retranche de l'importance ; il faudrait que je fasse de mon prochain texte quelque chose d'intense. /

17:13 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

... très touchant, raf. c'est la première fois en te lisant je crois.

Écrit par : eric | 06/02/2006

Bonjour l'artiste. Tu t'imposes un sacré programme.La forme Olympique?
Amicalement

Écrit par : DUKE | 07/02/2006

L'intensité Content de voir que tu aies remis un post, toi qui jaillit du néant quand l'Univers n'était qu'énergie, est-ce le rayonnement thermique à 3°K qui irrigue tes veines, es tu le produit de la matière et de l'antimatière qui s'opposent dans deux espaces donnés, tu es à la fois présent et tu ne l'es pas en même temps, surgis tu des entrailles du mur de Planck?... quoi qu'il en soit, les atomes qui te composent semblent bien avoir des moments magnétiques très puissants car tes mots attirent ceux qui le lisent dans un champ irréversible, un spin contre lequel on ne peut lutter... je viens de lire ton texte... et tu parles d'intensité... il faudrait que je puisse renverser les carences en magie de l'existence... j'adore mais il n'appartient qu'à nous en effet de créer cette magie par tout ce qu'on touche et comme tu dis par la façon dont nous le touchons, je te suis la dessus... il faudrait que j'arrête de trop penser la nuit... tiens ça me ressemble ça!... et pourtant, c'est elle qui m'éclaire dans son voile sombre, c'est elle qui me donne l'inspiration, qui m'offre les réponses, qui me caresse doucement sous son drap de satin brûlant... et tu poursuis ou alors pas sans consolation... je pense que nous pensons à la même chose et c'est pareil pour moi... trouver quelqu'un en qui croire, comme pour en inventer sa réalité, la sentir sous les mots et la faire surgir pour mieux l'appréhender... puis vient tout le passage sur S. ... il faudrait qu'elle vacille de ne pas s'endormir dans mes bras et que les siens se fanent de ne pas être à moi... c'est comme si pour toi c'était évident et que tu ne comprennes pas que ce ne soit pas son cas non plus, comme si être au près de toi devait être son seul but... j'apprécie particulièrement cette psychologie, un genre de possession métaphysique, un désir conditionnel dont la condition est intrinsèquement résolutoire... il faudrait que ça la brûle à un degré comparable au feu qui dévore et efface mes mains de ne pas la tenir la nuit... j'aodre l'image comme si elles se consumaient de ne pouvoir remplir leur unique fonction, la seule qui compte vraiment, la mission d'archéologie de son corps, celle qui y découvre parfois un temple oublié dont les merveilles éblouissent comme un matin qui ne s'annonce pas... comme le voeu exaucé si l'on ne se retourne pas tout le long de la rue neuve... trop fort la comparaison.... ton prochain bouquin, pour plier les faiblesses du jour... le fameux chapitre... tu sais je lirais ton livre dans son intégralité même s'il ne comportait pas de chapitre magique car, en réalité, toutes tes phrases le sont un peu... des tapis volants pour les rencontres... très poétique ça!... les bosses laissées à la seule connaissance des lèvres... c'est une conception très artistique du corps d'une femme... j'aime bien... comme s'il s'agissait du relief d'un champ de bataille que le général ne puisse saisir qu'en le foulant dans l'aprêté des combats, comme si chaque recoin était un endroit stratégique... car bataille il y a, à chaque baiser, brûlant comme une charge héroïque, à chaque glissement sur les vallons cutanés de son enveloppe, à chaque manoeuvre de la main vers la poitrine comme un vent espiègle qui caresse les dunes d'un désert ardent, à chaque contact dont l'énergie est une centrale nucléaire, où la fusion des atomes retentit dans les lointains couloirs de l'éternité... une journée seul avec elle, mémoriser chaque parcelle se son corps, étudier chacun de ses grains de beauté... j'aime les détails, aussi infimes soient-ils, alors oui c'est une étude qui n'est indéniablement pas vaine... pourquoi attendre ton prochain texte pour faire quelque chose d'intense alors que celui-ci l'est déjà.. n'accorde pas trop d'importance aux blessures, ne laisse pas filer le temps qu'elles causent... l'intensité frappe à ta porte, il te suffit de lui ouvrir...
voilà ce fut un plaisir de lire, de commenter, à bientôt, il est absolument certain que je reviendrai

Écrit par : Banur | 08/02/2006

Intensité un cri en camaïeu de rouge sorti de tes entrailles qui embrase tes mots en un soleil de verre

Écrit par : crysalidea | 08/02/2006

faudrait que je fasse de mon prochain texte quelque chose d'intense celui l'est déjà

il faudrait qu'un jour tu écrives ce roman ;)

Écrit par : karine | 10/02/2006

°] ... Faudrait que t'arrêtes le conditionnel ...
Je suis déjà un inconditionnel de tes mots .
Limite addict.

Écrit par : Melo | 11/02/2006

Clémentine, quand tu fermes les yeux, tu devines le merveilleux Que de mises sur le tapis! Qu'il se déroule en rouge pour récolter les fruits!
Il le faut, pour la libération des clémentines sous le tapis!

Écrit par : Blablabla | 12/02/2006

Les commentaires sont fermés.