30/10/2005

/sur le fil/

U


n jour comme je crevais d'impatience de dormir tout contre elle, à bout de forces je lui avais dit :

/ Bon, alors si tu as mieux à faire de tes nuits, présente-moi au moins une copine belle et gentille qui voudrait bien d'un type comme moi /

Et elle m'avait répondu aussitôt :

/ Impossible mon amour, je n'ai que des copines belles et très cruelles /

Plus tard encore je lui avais écrit que la beauté, de toute façon, ce n'est que le produit de deux ; et quant à ses copines cruelles, qu'elle en mette une en ma présence et qu'elle nous laisse seule à seul… Alors elle comprendrait comment je suis capable d'enlever leur cruauté comme un accessoire, comme une robe tiens. Oui, voilà, je lui arracherais sa cruauté comme une robe.


19:37 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

/in memoriam/

L


a nuit tombe si vite en ce moment, avec une vigueur de couteau, que je me sens blessé, exsangue, habitant de la république des soupirs.

Enfant je régnais déjà sur un imaginaire démobilisé.

J'appelle Lisa, tombe sur son répondeur. Je lui dis que je l'appelle parce que la nuit est en train de tomber et j'ai peur que la nuit ne l'avale. Que cette pensée me blesse.

Je peuple les nuits de mots pour éviter le rapt des vies que je croise et qui me bouleversent. Rapt du hasard monté de toutes pièces et secondé par d'autres que moi plus inconséquents. Par les porteurs du soir délétères. Par les hommes-ténèbres qui rôdent dans le cimetière de la ville les poches pleines de graviers sans chemin.

Jusqu'à disparition de ce monde, devant le 81 chaussée de Vleurgat on croisera ton fantôme impatient, préoccupé mais volontaire, orgueilleux de dire au téléphone : "Je me souviendrai toujours".

Nos bras n'ont de grâce et d'utilité que pour enserrer quelqu'un. Tu le sais depuis le début. La vanité de tout autre usage ne t'as jamais intéressée ; à peine excité ton mépris de ce monde.  

Trop honnête. Trop honnête pour accepter le manège social, son hypocrisie, ses morsures, ses commisérations. Et cette défiance considérable que tu appelais philosophie, mais qui me semble simplement une forme de lucidité plus que profonde face à la vie.

La mort, dit-on, ferme les yeux des défunts et ouvre ceux des survivants.

Depuis ton départ, des yeux ne veulent plus se fermer.

Des yeux refusent. Cherchent à comprendre. Pleurent parfois.

 

Tu étais libre, Sylvain.

Libre.

 

C'est déjà beaucoup. 

 

Sylvain

1985-2005


03:36 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

01/10/2005

/she's got blood/

T


u vas y entrer. Respire par le ventre. Garde en mémoire la scène que tu as répétée tout à l'heure dans le métro. Reste toi-même. Sois détaché au début. Silencieux de temps en temps. Le silence suggère une grande fragilité. Un coeur d'enfant en attente d'une histoire sublime.

 

Ne pas faire les choses à moitié. Prendre une douche. Changer de vêtements. Arriver en avance. Dans la rue, répondre aux regards sournois avec conviction. Oublier les répliques habituelles pour mieux les murmurer. Paraître le plus sincère possile. La sincérité, c'est important. Même si elle est la forme parfaite de l'illusion. Déambuler avec du violon roumain dans les tympans. Comme pour donner une cariole à ton ardeur. Soigner tes mouvements. Faire en sorte qu'elle ne s'en aperçoive pas directement. Sourire. Vérifier qu'elle n'a pas laissé un message de dernière minute. Un message de dernière minute signifie toujours la même chose. En fait, je ne viens pas. En fait, je refuse que tes lèvres se greffent à ma vie, je refuse ton sexe dans ma bouche, je refuse de soupirer sous un corps nouveau, je refuse de devenir folle, je refuse ton visage gêné à l'instant où ton cerveau inventera une excuse pour t'en aller, je refuse ma jalousie et ta future inconstance.

 

Suzy est là, pourtant. Radieuse et naturelle. Au fond de la galerie, son regard s'est posé dans l'instant. À ce moment précis, toujours à ce moment précis, tu sens le feu envelopper tes joues. Respire. Pense aux grands espaces. Un souffle après l'autre, essaye de dénuder les rangées de traits alphabétiques qui sortent de sa bouche en rotation. Suzy. Tout est là. Contenu en un seul mot. En un seul nom. Elle s'excuse du peu, de l'embarras de la situation. Tu t'en fous. C'est le principal. La sincérité, c'est important. D'ailleurs, peut-être qu'elle n'a pas remarqué la peur infâme qui te tord, peut-être que ce matin, sa première pensée fut pour ce rendez-vous, peut-être a-t-elle envie de toi, peut-être est-elle amoureuse, après tout, peut-être même que si elle t'a laissé ce mot, pour le monsieur d'en bas, c'est parce que tu étais réellement sympa et marrant ce jour-là. Peut-être que tu as raison depuis ton enfance. Peut-être que la terre est minuscule et qu'il était inévitable que tu croises cette fille un jour dans un magasin.

Cette fille et personne d'autre.

 

Il existe une autre possibilité. Un trou de mémoire. Une folie passagère. Ce doit être le prix que tu payes pour faire turbiner la boîte à rêves. Suzy. Une fille improbable. Un personnage de roman. À ton stade, le réel ne compte plus, n'est-ce pas? En spectateur mystérieux, tu as cru être acteur. Tu as cru toutes ces histoires, ces aventures, ces boniments.

 

Peut-être n'y a-t-il jamais eu de rencontre, peut-être n'a-t-elle jamais renversé de thé sur ton veston. Se lever, scruter la salle. Vérifier sous les fauteuils. Enfin, ton cellulaire. Trouver son numéro. Un numéro étrange, avec plein de zéros partout. C'est presque mauvais signe.

Un problème de connexion. Un simple problème de connexion. Un coup de l'opérateur. Le Grand Opérateur de l'Univers, évidemment. Il faudra faire quelque chose, un jour, contre les opérateurs.

"Y a-t-il une vie après Suzy ?"

 

Griller une sixième Lucky. Tirer sa chance sur 7 milligrammes d'inassouvissement. S'en moquer. Effacer le bonheur et son idée.

Partir sans laisser de traces.

Louer Une femme est une femme en DVD. Ne pas réveiller ses voisins. Prendre un cachet pour dormir. Voilà, c'est beaucoup mieux.

À la semaine prochaine.

 

00:55 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |