04/06/2005

/ego trippin' (tentative d'autoportrait à l'acide citrique et ses dérivés contemporains)/

// De près, d'assez près, [raf] a les cheveux fins, chausse parfois des lunettes et est loin de ne s'intéresser qu'à son nombril. Il a la curiosité ouverte des journalistes et la sensibilité devinatoire des écorchés. De loin, de très loin, [raf] a tout du jeune beau, comme il est des vieux cons. Ses apparitions publiques peuvent sembler flatteuses, elles lui sont fatales. Mèches ténébreuses, allure fluide, charisme de prince déchu d'un royaume jamais conquis. Ovale ciselé de viveur douloureux, cachant une fade tristesse que ne demanderaient qu'à bercer les petites soeurs des riches. Romantisme vague comme l'oeil, celui d'un Musset trash, d'un Chateaubriand nightclubber.
[raf] est une figure récurrente du monde lunaire : le jeune loup qui promet autant qu'il énerve. Parce qu'il a voyagé, vu & écrit des choses intéressantes, qu'il a 24 ans, une voix moderne et quotidienne, un regard mélancolique et sexué, un propos classique sur la fuite du temps et un autre plus actuel sur la masculinité dépréciée et déprimée, sur une génération altermondialiste, asthmatique de l'âme, désabusée et dessalée par force, intempérante et tendre par faiblesse. Surtout, parce que le débutant s'est évité la vache enragée. Trop doué, trop gâté, trop roué ? Un jour, alors qu'il prenait l'ascenseur d'une bibliothèque universitaire, un déséquilibré notoire l'a qualifié de "dernier atôme en liberté"avant de s'écrier que "Shakespear était un porc, [parce qu']il enculait les curetons!". [raf] a pourtant pris ce constat pour une prophétie, une légende personnelle en gestation. Préférant, dès lors, arpenter les chemins de traverses plutôt que les autoroutes mainstream, favorisant les courbes exotiques aux petits cubes gris et bistrés, la poitrine des femmes aux torses pileux, la jouissance créative aux performances aseptisées... Il y a, chez [raf], un adolescent qui refuse d'abjurer. Goût des excès, sens de l'amitié, peur des immobilités adultes, consommation des corps et consumation des âmes.
Etudiant en journalisme (anciennement en littérature slave) & musicien émérite, il n'a que des ambitions élevées : écrire (articles, nouvelles, scénarii, roman(s),... ), sustenter la matière sonore (radio, violon, guitare, didgeridoo,...), saisir le hasard & l'imprévu (Nikon F80, Holga, Lomo) et "rencontrer la femme de sa vie". Séducteur involontaire, il affiche cette sentimentalité minute, cette poésie de l'instant, sans laquelle les filles partent en courant. Pour rejoindre une petite amoureuse enfuie, il peut conduire sans permis, nourri de sandwichs aux lardons-épinards pour aller lui offrir un faux livre, édité comme un vrai. Il dit : «A l'époque, je pensais qu'on écrivait pour "ravoir" les gens. Maintenant, je sais que c'est parce qu'on ne peut pas les "ravoir", qu'on écrit.».

L'amour, les sentiments... Sans doute les énigmes qui le fascinent le plus. Parce qu'imprévisibles, indomptables, plurielles & à chaque fois uniques. Pour paraphraser Isabelle Sorente, "L’amour est un chien. Un chien dont on ne sait jamais ce qu’il a dans la tête. On peut le caresser. Il répond à nos caresses. Et puis, un jour, il nous mord, on ne sait pas pourquoi.".
[raf] observe comme il peut cette folie douce du quotidien, lui qui cohabite agréablement avec trois nanas décomplexées, une espagnole hystérique, un zombie cannabique, un musulman et un gay inavoué ("c'est la première fois que je ne me sens pas obligé de faire le Solal"), qui est un parrain autoproclamé et un baby-sitter parfait mais qui hésite encore sur la paternité. Il raconte les baisers enfuis : «Parce qu'il n'existe que les ados pour s'aimer assez au point de s'embrasser plus d'une minute et trente secondes. Ensuite. Enfin, ensuite, tout le monde sait comment les choses se passent.». La monotonie du vivre ensemble : «Emménager avec Laura, enfin. M'endormir contre elle, le soir, après avoir bouquiné un peu. (...) Avoir un petit môme et puis changer la couche. La merde, ça me connaît.». La fidélité paresseuse : «Hugo n'avait pas trompé sa femme depuis très longtemps. Rien de moral à ça. Seulement aucune envie. La fidélité est une vertu qui s'exerce par défaut.». Le différentiel des désirs : «Je fis donc l'amour puisque les circonstances étaient favorables. La réciproque n'a rien d'exact. Sophie était plus proche de la concession que du partage.».
Surtout, [raf] est l'un des seuls à expliquer à ses lectrices qu'éjaculer n'égale pas forcément jouir, qu'émission de sperme ne vaut pas quitus. Et que même chez les très mâles, très brutes, chez ces salauds de mecs si basiques, si limités, l'insatisfaction a droit de cité. Rien que pour cela, pour cette contribution essentielle à la parité, la vraie, il mérite d'être sauvé. //



PS/ [raf], ce chiot adorable, dandy de velours et passionné du flou, cherche à remercier ses lecteurs habituels, les sirènes de passages, les vampires de l'ombre, les forces obscures, les ennemis politiques & toutes celles et ceux qui l'inspirent et l'encouragent dans la vie courante...
Afin de mieux faire connaissance, j'invite chacun à se prêter au jeu lancé par l'artiste Sophie Calle & l'écrivain Grégoire Bouiller [juste ici, dans la rubrique commentaires]



collage © Eduardo Recife
Graphiste brésilien polysensuel; son domaine de compétences tangue entre collages, illustrations, photographie, typographie,... Recherches créatives, assez baroques & naïves.
portfolio : http://www.misprintedtype.com/
à découvrir : Invisible, un poème animé en flash (clic sur l'onglet "projects").

22:04 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Commentaires

/questionnaire Sophie Calle - Grégoire Bouiller/ >> QUAND ÊTES-VOUS DÉJÀ MORT ?
la dernière fois que je me suis fait jeter.
>> QU'EST-CE QUI VOUS FAIT LEVER LE MATIN ?
mon radio-réveil / les oiseaux du jardin.
>> QUE SONT DEVENUS VOS RÊVES D'ENFANT ?
c'est un peu particulier dans mon cas, j'ai été élevé par un poisson-chat. c'est ma marraine, Lucie. j'ai été nourri au sein jusqu'à l'âge de 20 ans. je mesure 3,50m.
>> QU'EST-CE QUI VOUS DISTINGUE DES AUTRES ?
j'ai l'impression que vous ne m'écoutez pas...
>> VOUS MANQUE-T-IL QUELQUE CHOSE ?
de l'Art. peu de gens créent. or j'affirme que tout le monde peut vivre de façon artistique.
>> PENSEZ-VOUS QUE TOUT LE MONDE PUISSE ÊTRE UN ARTISTE ?
mais qui êtes-vous ?
>> D'OÙ VENEZ-VOUS ?
du Nord, tu vois l'Allemagne ? ben, c'est un peu plus à droite, un peu plus haut.
>> JUGEZ-VOUS VOTRE SORT ENVIABLE ?
depuis que j'ai renoncé de faire quoi que ce soit de crade avec mo argent, j'estime avoir une vie enviable. sauf quand je fais la vaisselle.
>> A QUOI AVEZ-VOUS RENONCÉ ?
à l'anonymat.
>> QUE FAITES-VOUS DE VOTRE ARGENT ?
que de bonnes choses à présent. mais il m'arrivait d'acheter de la lingerie fine et de l'essayer devant un mirroir.
>> QUELLE TÂCHE MENAGERE VOUS REBUTE LE PLUS ?
sortir les poubelles.
>> QUELS SONT VOS PLAISIRS FAVORIS ?
...
>> QU'AIMERIEZ-VOUS RECEVOIR POUR VOTRE ANNIVERSAIRE ?
...
>> CITEZ TROIS ARTISTES VIVANTS QUE VOUS DÉTESTEZ.
(tousse)
>> QUE DÉFENDEZ-VOUS ?
la liberté de m'arrêter de répondre maintenant. je sens que je faiblis.
>> QU'ÊTES-VOUS CAPABLE DE REFUSER ?
rien... ok, je continue.
>> QUELLE EST LA PARTIE DE VOTRE CORPS LA PLUS FRAGILE ?
les yeux. je n'aime pas voir. quelquefois, je me réveille, je déjeune, et puis je vois. je n'aime pas ça. ça m'agace.
>> QU'AVEZ-VOUS ÉTÉ CAPABLE DE FAIRE PAR AMOUR ?
Par amour, j'écoute les reproches, j'essaie de comprendre, de changer.
>> QUE VOUS REPROCHE-T-ON ?
rien.
>> A QUOI VOUS SERT L'ART ?
à me faire aimer plus que les autres, sans doute.
>> RÉDIGEZ VOTRE ÉPITAPHE
"mort tu ne sers à rien. reste donc en vie.".
>> SOUS QUELLE FORME AIMERIEZ-VOUS REVENIR ?
en réveil, pour devenir un agresseur.

Écrit par : raf/chien_de_lune | 04/06/2005

dans la peau d'un ado ? :) sans l'acné j'espère ;))
je sais je sais
je sors ! :)

Écrit par : imagine | 05/06/2005

... Salut, Raph, ma petite visite quotidienne sur ton blog, toujours surprise de tes textes. Es-tu au courant que dans le cadre de la fureur de lire, ils organisent un concours d'écriture? Cette année le thème est les sources... C'est très vaste, tu peux télécharger le règlement du concours sur leur site. Envoyer avant le 31 juillet 2005. A plus tard.

Écrit par : jo | 05/06/2005

/*/ *imagine : ou comment se mettre la crème à dos... ;)
reste, please, tu prendrais bien un p'tit café ?
*jo : merci pour l'info, c'est vrai que j'oublie à chaque fois...
je crois que cette année je vais me laisser prendre au jeu.
j'en ai envie ;) tu y participes ?

with luck & energy

Écrit par : raf/chien_de_lune | 05/06/2005

Je reviendrai Bonsoir Raf.Heureux d'avoir répondu à ton attente.
Cordialement

Écrit par : duke | 06/06/2005

°] Est ce que je t'ai déjà dit que j'adorais ton univers et tes mots?
Ah bon quand ça?
Petite suggestion : j'ose.
Pour une meilleure et confortable lecture ... Verdana 10.
:))))

Écrit par : Melo | 06/06/2005

un grand sans sucre... ;)

Écrit par : imagine | 06/06/2005

? Les sources, oui, l'imagination peut perdre pied dans ce genre de thème. Je note toutes mes idées, cela me fait penser à un travail que j'avais fait quand j'étais à l'aca...

Écrit par : jo | 06/06/2005

je vais arreter de parler car depuis que j'interviens j'ai l'impression que tu es moins prolifique ;))
non
mais quelle présomptueuse je fais !

Écrit par : imagine | 07/06/2005

/poor Yorick !/ Imagine, petite chasseuse de prose, ce doit être le complexe de la page blanche... Non, plus sérieusement, suis en plein broyage de cervelet estudiantin. Tu sais, le Marathon du mois de juin... Mais rien que pour toi, promis, juré, j'fais un effort ;)

with luck & energy

Écrit par : raf/chien_de_lune | 07/06/2005

Bien foutu Sympathique ce petit portrait. Bonne continuation!

Écrit par : Alex | 08/06/2005

Les commentaires sont fermés.