27/05/2005

/il faut s'ouvrir pour être belle/

// Autrefois, tout se passait comme dans un nuage d'inconscience, de complicité ravie. Tout s'accomplissait avec une inadvertance rapide, folle, enchantée. Je me retrouvais en train de l'embrasser sans presque me souvenir de ce qui s'était passé./ me confie Camille, en allumant une cigarette comme personne au monde ne sait faire ça. Les cigarettes de Camille ont toujours eu des allures poétiques. Destruction légère, lumière rouge qui scintille au bout des doigts. Idéaliste, Camille s'était gargarisée de l'amour parfait, le grand amour avec un petit "a". Petit/ j'insiste, car pour moi, Alex n'a jamais été de taille./
J'étais assis sur une terrasse de café. Elle sortait d'une boutique. J'ai hurlé son prénom du trottoir d'en face. Elle est mélancolique et traine ses phrases comme une fumée vague. Elle vous parle de choses dramatiques et cependant, on aimerait lui faire l'amour. Elle raconte les nuits sans sommeil, les débuts de la séparation, les points de suspension, la parenthèse, puis la seconde séparation, la découverte des mensonges, le mépris, cette sensation d'avoir aimé si longtemps un étranger... Et maintenant, c'est impossible. Je le déteste parce qu'il n'arrivait plus à m'enflammer./ L'amour de Camille, c'est le combat des dieux. Le combat d'Ulysse et de Prométhée. 
Elle me pique une cigarette. Un jour, je comprendrai que c'est un geste typiquement féminin, de la femme facile à la femme blessée. Les femmes sont des voleuses de cigarettes.
Camille ne mérite pas la lâcheté de certains hommes et possède les plus beaux seins du monde. Je suis sérieux, Cam. Tous les matins, je m'accroche à leur idée pour ne pas tomber. / C'est bien ton problème et celui des hommes en général. Vous tenez toujours à transformer l'amour, qui est la plus belle des folies, en truc sérieux et sexuel où l'on s'emmerde. / Tu commences à faire chier, Cam. / Excuse-moi. / ...je souris / Tu crois vraiment que l'on s'ennuierait ensemble? / Elle n'a pas apprécié. Ma joue droite non plus.
Camille s'est battue pour son couple comme une chiffonière, une vraie princesse. Vous auriez dû la voir, à l'arrêt du bus, samedi de mars, à 12:30, cherchant à comprendre, coûte que coûte, alors que déjà, son bourreau la faisait saigner de toutes parts. La mise à mort de son histoire, elle n'y a pas cru. Elle a tenu le duel jusqu'au bout. Et même après. Tous, y compris les moins proches savaient que son rêve allait mourir parce qu'on ne construit pas le bonheur, parce que les rêves ne durent pas. Mais elle, Camille, d'une beauté! Quelle beauté! Elle laissait des lettres sur la table, certaine que des mots simples pouvaient changer le cours d'une histoire. Conneries, les mots, Cam, les mots sont comme les gestes, une supercherie qui s'accorde à nos désirs. Il n'y a que le temps et la réalité qui importent. Mais elle est restée jusqu'à la fin. Buvant la déchéance jusqu'au dépôt, parce qu'elle est ainsi. Robuste. Idéaliste. Têtue.
Il y a des moments dans la vie, dis-je, où quelque chose se casse définitivement; quelque chose qui n'est ni la faute de l'un, ni celle de l'autre. Chacun en éprouvant souffrance, amertume et regret./ Autrefois, Camille vivait sur un nuage d'inconscience, de complicité ravie. Maintenant, l'inadvertance est absente de la conduite de Camille. Elle retire sa clope et l'éteint à moitié. J'ai toujours trouvé quelque chose d'héroïque dans la manière dont Camille tuait ses mégots. Lumière rouge qui scintille, qui lutte pour sa survie, au fond du cendrier. //

02:56 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

°] [Il faut s'offrir pour être belle]

Écrit par : Melo | 27/05/2005

*** ça me donne envie d’écrire « Camille » en petit sur l’enveloppe de mes factures,…, peut-être aurais-je moi aussi un petit sourire naissant sur le coin des lèvres … non … pas d’usurpation… et de toute façon, à chacun sa « cam »

Écrit par : enjoy | 27/05/2005

/*/ Meli : [il faut suffire pour être belle]
Enjoy : la camomille te soulagera...

Écrit par : chien_de_lune | 28/05/2005

Ouf ti ! Ben c'est du serré, ton blog! De grâce, le lâche pas trop vite, comme 635814 aautres glandeurs ! Plutôt pointu, côté musique etr films : écoute un peu San and Dave, les Animals, Fisher-Z et "This is the sea" des Waterboys( et "Big mouth" des Smith, et...enfin bref !) . Et pquoi pas (re)voir "Voyage au bout de l'enfer", "Lovesteam" et "Chinatown" ? To'rat en septembre !

Écrit par : gilscudder | 27/06/2005

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