25/05/2005

/baudelaire 69/

// Elle sonne. J'ouvre, un baiser sur la joue, juste un baiser sur la joue, bien montrer que les choses sont différentes. Je propose un Martini direct, elle accepte. La vie se déroule impeccablement, un ton au-dessus même. Elle m'écoute, les yeux brillants, je l'écoute à mon tour tout en préparant des trucs incroyables à dire juste après. Le repas glisse, servi sur la table basse sur les conseils de Sam, pour plus de désinvolture, pour un format tranquille et romantique. Seul problème, la musique, les meilleurs trucs de Gershwin en fond sonore pour l'atmosphère. La musique, c'est important. La musique fait ressentir le temps plus physiquement. Elle demande si on ne peut pas changer. Gershwin lui rappelle la salle d'attente de son gynécologue. Mais je n'ai pas beaucoup de disques ici. Même pas "Dark side of the moon"?/ Non, même pas "Dark side of the moon"./
J'ai déjà séduit un grand nombre de filles. Et puis, j'ai répété dans ma chambre. Mais cette fois-ci, j'avais besoin d'être rassuré... Une statue pour Sam. Une grande statue, une cathédrale, une basilique, vite, quelque chose de monumental pour le coach Sam. Une plaque en or avec sa gueule dans toutes les rues, son nom dans les écoles, le mélange de ses cendres à celles de Victor Hugo. Sam devrait être sponsorisé par l'Etat, canonisé, déclaré d'utilité publique. On devrait faire en sorte qu'il vive éternellement. Grâce à ses conseils, on s'embrasse dans ma chambre, on s'embrasse à en prendre pour dix mille ans de baisers, je termine avec la bouche irritée pour toujours, je remonte sa robe, elle m'arrête. Lisa Pille a ses règles. Lisa a envie mais Mamzelle Pille a ses règles. Je travaille malicieusement, ça dure, elle stoppe, toujours un peu plus tard, chaque minute je gagne une parcelle, un grain de peau, un morceau de slip qu'on pousse un peu plus loin, un bout de sexe qu'on explore enfin, le goût du sang sur la langue, le mélange de ça, de ma salive et de la cyprine, je transpire, je ne vis plus, dehors j'entends les cloches sonner cinq heures, je caresse, elle souffle, j'ai le dos détruit par la nervosité, elle tremble comme quelqu'un qui va mourir bientôt, alors elle se relève, me regarde presque sans vie, me touche la joue et me dit d'une voix étranglée: J'ai trop envie, je reviens./
Elle revient, on recommence, on s'embrasse comme des amants se retrouvent, le tampon n'existe plus, aucun tampon entre elle et moi, rien que le contact dur de ma langue en elle, mes lèvres, mon nez à l'intérieur, ses cuisses qui se tendent, ma langue qui cherche au plus profond de son... Elle soulève ma tête, me ramène vers elle. Je veux, maintenant/ elle dit. J'écoute, jamais je n'ai été aussi attentif à quelqu'un, je respire avec elle, elle m'agrippe les hanches, quelquefois je ralentis, c'est trop fort, alors je regarde son visage, ses seins légers, j'improvise, j'invente des caresses de soie et des choses suspendues, comme des milliers de semblables avant moi, je reprends, l'amour s'accélère, deux fous lancés dans une belle impasse, deux fous qui osent, sans se connaître, se dire des choses en dansant l'un dans l'autre.
Lisa est bien. Lisa se repose, Lisa ronfle un peu et je considère ça comme une récompense. Je prends soin d'elle, de ses joues calcinées par l'étreinte, elle s'excuse pour le sang sur les draps, je dis C'est rien, Lisa Pille, c'est absolument rien./ J'allume une cigarette - Marlboro light, l'air des grands espaces - et la lui donne avec l'impression d'avoir fait ce geste toute ma vie. //


00:09 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Viens petite fille dans mon comic strip... T'as pas le Dark Side of The Moon vieux!!! tu déconnes...

Pas mal, pas mal monsieur Miller. Surtout les cloches de cinq heures.

SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ !

Salut et Respect.

Écrit par : monsieur orange | 25/05/2005

/ummagumma/ Heya Benji,
Une fois de plus, tu as vu juste pour la référence gainsbourienne... Ai enfin maté le Live at Pompei du Floyd, un chef-d'oeuvre de jeunesse et de prétention ;) A écouter la suffisance imbécile avec laquelle Roger Waters répond aux questions qui lui sont posées, on comprend à quel point ce groupe avait une haute impression de son "art".
Mais Nick Mason est totalement dément (quoique trop mésestimé à mon goût...). La mise en scène aussi, mais un peu trop calquée sur celle de Kubrick période 2001 : l’Odyssée de l’espace.
L'essentiel est là. L'émotion subsiste. En fait, j'adore!

with luck & energy

Écrit par : chien-de-lune | 25/05/2005

Rock Bottom Nick Mason est un homme sobre, le cheveux ras et l'esprit symétrique. A la sortie de ses cours d'architecture, la pluie londonienne.

Il a monté une petite formation sans prétentions avec deux ringards de sa classe. Un grand mince, la gueule salement tordue, dont tout le monde se moquait depuis sa jeunesse. L'autre était un gringalet taiseux, à la limite de l'invisibilité, il couplait le conservatoire à ses études en architecture.

Donc, ensemble, ils montent un groupe: les Abdabs ou un truc du genre. Mason tient les futs et Waters la basse. Wright qui est en passe de quitter le conservatoire se fait offrir un orgue hammond par son père. Les Abdabs jouent un rythm'n'blues du cru le plus commun...reprises de Kinks, des Stones et des Beatles à l'intar du demi-million de musicos qui gravitent autour de la City fin '66.

L'histoire se serait arretée là, sous la pluie londonienne, si un déséquilibré vetu d'un froc vert fluo n'avait pas répondu à l'annonce que Mason avait fait passer dans le papier local. Barrett sera le prométhée et la fortune de Pink Floyd. Son désastre aussi. Syd Barrett, un trou noir à la gravitation instable...

Mais soit. En 1971, à l'époque du grand album Meddle et du concert à Pompéi, Mason a le cheveu long et la moustache drue. il est de loin le type le plus sympathique de Pink Floyd et le batteur le plus en vogue comme disent les français.

1974, il produit "Rock Bottom" pour son ami Robert Wyatt (qui peté à l'acide est passé au travers de la fenetre pour se briser la colonne et perdre à jamais l'usage de ses jambes), une pierre fondamentale de l'histoire du rock.

Puis, on ne peut reprocher à Mason d'avoir manqué une seul fois au rappel des Pink Floyd jusqu'à aujourd'hui, puisqu'il vient de sortir une autobiographie acclamée par la critique: "Inside Out. A personal history of Pink Floyd" (cfr. http://www.brain-damage.co.uk/news/0503182.html). En vente dans toutes les bonnes librairies.

Ne nous en faison pas pour ce brave homme, qui tous les ans réveillonne encore chez Waters, il est aujourd'hui le seul Pink Floyd sur les feux de la rampes. Les autres étant tous perdus dans des trips mégalos interstellaires et ultra-incertains.

Applause please.


Salut & respect.

Écrit par : monsieur orange | 26/05/2005

... C'est plein de poésie... Vraiment cela me remonte le moral d'avoir une page a part de tout fait de société (guerre, rascisme,...) Continue Mr Chien de lune

Écrit par : jo | 26/05/2005

/the opposite is true/ *Heureux de te rendre heureuse, Jo.
Si je peux te servir davantage... *

*Benji, si tu continues à me déposer des commentaires aussi baroques,
je vais t'obliger à inaugurer ton propre blog. Penses-y.
Applauses mérités ;) *

with luck & energy

Écrit par : chien-de-lune | 28/05/2005

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