19/05/2005

/heaven or hell/

// C'est un matin avec le ventre noué. Un matin où l'on est incapable d'avaler quoi que ce soit.
Le bus découpe la ville en haltes aux noms étranges. Il te dépose à la gare, dix minutes avant l'arrivée du train. Dix minutes, c'est important. En dix minutes, on peut passer par tous les stades de la trouille et même en inventer de nouveaux. En dix minutes, on peut fumer une cigarette au café d'en face avec la main qui tremble. Dix minutes, c'est important.
Tu vas aux toilettes reconsidérer ton visage dans la glace. Ta peau est encore neuve, presque sans cernes ni rides. Elle sort du train. Tu quittes le café, elle t'aperçoit, tu désignes le comptoir comme un type qui a l'habitude, tu t'engouffres de nouveau dans le bar afin que les autres étudiants ne t'aperçoivent pas brancher Lisa Pille. Elle entre, pose son sac et son foulard sur une table, commande un express, elle sent bon, elle ne dit rien, toi non plus, tu as peur, tu n'as aucune chance, elle noie un demi-sucre dans sa tasse, remue longtemps le liquide noir et chaud, puis, comme si elle s'adressait à quelqu'un d'autre, elle dit /C'est malin. Je ne devrais pas vous en parler, mais cette nuit, j'ai rêvé de vous. Et puis, c'est encore là, comme si c'était arrivé./ Elle te regarde enfin. Elle déclare /C'est plutôt gentil pour votre ego, ce que je viens de dire./
Tu rassembles tes vingt-quatre ans pour répondre. /Je m'en moque Lisa, je veux vous voir, dîner avec vous./ Ah oui, dîner avec moi, où ça? Au restaurant, au fast-food? Vous voulez qu'on aille manger une gaufre? Une crêpe au chocolat? Où ça? Dans votre appartement cosy à Ixelles avec vue sur les étangs?/ 
J'encaisse. J'imagine le nombre de dîners avec d'autres, le geste tendre du mâle à la fin, les doigts qu'on dépose sur la main de l'autre pour ne pas dormir seul. J'imagine Lisa amoureuse, folle amoureuse, parfois c'est elle qui s'en va, c'est elle qu'on abandonne, j'encaisse.
Elle pose deux euros sur le comptoir. Je dis /Laissez, je m'en occupe/, elle n'écoute pas et se retourne en ouvrant la porte. /Demain soir, si vous voulez, je vous appelle/. //

12:18 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Ixelles Je viens de poster le texte de ton mail sur mon blog.
Fameux ton dernier post. C'est quoi la musique que tu diffuses?
Bonne journée et amitiés.

Écrit par : Duke | 19/05/2005

??? Histoire ou vécu ???

Écrit par : Mateusz | 19/05/2005

L'amour... Juste pour te dire que mon site devient visible...Salut

Écrit par : joelle | 19/05/2005

/et la poudre à lessiver?/ Merci Duke ! Mes joues s'enflamment et virent au rouge pivoine... Je n'ai pas l'habitude des hommages, des grandes cérémonies ;) Pour la musique, c'est Vitamin C de Can, groupe de krautrock ("rock choucroutte" allemand, expérimental & planant). A découvrir d'urgence sur les albums Monster Movie, Soundtracks, Tago Mago, Ege Bamyasi réédités chez Labels en SACD. J'en reparlerai...
> Mat, flatté de ton passage. Suis un lecteur de l'ombre de ton Journal depuis un bout de temps déjà. Et j'apprécie tes articles dans Le Soir. (pozdrów Pana Leopolda Ungera, he, he !). Pour répondre à ta question : une subtile fusion des deux. Le blog me permet parfois de romancer la réalité ;)
> Jo, longue vie à Miller ! Je viens voir de ce pas...

Écrit par : raf/chien_de_lune | 19/05/2005

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