18/05/2005

/don't look back/

>> autre bobine: Don't look back, de Don Alan Pennebaker - USA - 1967 - 96 minutes - Avec : Bob Dylan, Joan Baez, Donovan - V.O. st Fr. - Distribution Cinérock/Paris.

// C'est au début du printemps 1965 que le coach de Dylan, Albert Grossman prend contact avec Don Alan Pennebaker, lequel s'est déjà fait un nom dans le nouveau cinéma documentaire, et lui propose de faire un film sur son protégé. Le jeune disciple de Woody Guthrie, né en 1941 à Duluth, Minnesota, est alors une vraie star. Célèbre depuis 1961, le contestataire du cauchemar climatisé vient d'enregistrer Another Side of Bob Dylan. Il a changé de style, commencé à écrire des textes plus fantaisistes, lâché le jeans-cheveux courts, la silhouette protest-singer pour l'allure "dandy LSD" en veste et pantalon noirs. Et il se prépare à partir en avril pour l'Angleterre. Grossman pense qu'un film sur la nouvelle idole trouvera son public sans difficulté et affirmera sa renommée internationale.

Au départ, Pennebaker ne sait pas grand-chose de son futur sujet. Il s'avoue assez inculte au plan musical, écoute seulement The Times They Are a Changin' sur un disque que lui soumet Grossman. Et prend un avion vers Londres pour suivre la tournée anglaise de Dylan. Trois semaines de tournage, de longs mois - presque deux ans - de montage et ce sera Don't Look Back, que le cinéaste a financé lui-même. Quand il sortira au Presidio Theatre de San Francisco puis à New York, le film rencontrera un succès rare dans le monde du documentaire. Et permettra à Pennebaker de tourner Monterey Pop.

Le pré-générique de Don't Look Back est déjà un évènement. Dylan, visage androgyne, corps gracile, y chante Subterranean Homesick Blues, en présentant les paroles de sa chanson sur des pancartes de carton, sans regarder Allen Ginsberg, qui fait la guest star dans un coin de cadre. C'est en quelque sorte son premier clip. En un seul plan-séquence fixe. Beat, simple et évident. Générique : Dylan, pâle comme un linge, accorde sa guitare, s'apprête à monter sur scène pour y chanter The Times They Are a Changin'. Le film commence : arrivée de la star à l'aéroport de Londres. Pennebaker, caméra à l'épaule, le suit de près, cadre son rictus énervé, sa cigarette fébrile, sa coiffure bouclée...

Dans son sillage, la caméra croise quelques personnages secondaires, qui réussissent à s'affirmer : Albert Grossman, le manager de Dylan, est impressionnant de calme, presque de douceur, quand il négocie le cachet de la vedette; Donovan, que Dylan rencontre après en avoir médit, a l'air franchement heureux de jouer To Sing for You pour son confrère, alors que celui-ci répond, regard de killer, avec sa chanson It's All Over Now Baby Blue, qui prend un accent de défi. Dylan n'est ni tendre, ni aimable : il dépiaute littéralement un journaliste qui vient l'interviewer, engueule avec acharnement le musicien d'un groupe anglais qui tente de s'incruster dans sa bande... Accrochée à la silhouette mince du showman, Pennebaker ne rate rien. C'est sans doute pourquoi le roi beatnik a fini par détester Don't Look Back.

Ce film reste pourtant un des meilleurs exemples d'un cinéma débarrassé de toute affectation, de tout scénario pré-écrit, de toute la machinerie de la fiction, en un mot de Hollywood, comme de la prétention documentaire à tout remettre dans un contexte. Un fleuron de ce qu'on appelait le cinéma direct. //


>> en librairie : Chroniques. Volume I, par Bob Dylan - trad. de l'américain par Jean-Luc Piningre - éd. Fayard - 317 p.




14:28 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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