10/05/2005

/décalage immédiat/

// Personne n'est singulier ; personne n'est original : personne ne peut donc raisonnablement et de quelque manière que ce soit prétendre à l'individualité.

On ne va pas commencer à chipoter. A expliquer pourquoi. On n'a que très peu de temps. Voilà. Olivier Rohe est l'un des plus grands auteurs français vivants. Un vrai. Un pur, un dur, un tatoué. La note de l'éditeur donne déjà le ton : en s'embarquant dans cette histoire, mieux vaut attacher sa ceinture. Car il en est de certains livres comme des vols intercontinentaux : en sortir indemne relève parfois du défi. Défaut d'origine est de souche incertaine. Rare. Raffiné. Innovant. Un ovni. D'où ce livre est-il écrit ? Ou plutôt de quelle langue est-il traduit ? Un avion ramène le narrateur vers son pays d'origine quitté il y a dix ans. Au huis clos de la carlingue - rendu plus étouffant encore par un voisin de siège qui déverse sa vie - répond l'enfermement du narrateur dans son passé ou plutôt celui de Roman - le bien nommé - dont il fut le confident, l'éponge. Variation en cercles concentriques autour de l'individualité, Défaut d'origine, premier roman du critique Oliver Rohe (ex-journaliste de Chronicart), livre une magistrale leçon - qui convoque les idoles Cioran et Nietzsche pour mieux les déboulonner - sur le même et le soi, symbolisée par le prénom du narrateur, Selber, «soi-même» en allemand. Au-delà de la seule réflexion philosophique, c'est la question du langage qui affleure tout au long de ces pages. Et de la création littéraire: comment dire - sans répéter - lorsque le langage est ce fleuve ne charriant qu'un tas de cadavres ? On pense à Michel Foucault et naturellement à Maurice Blanchot qui écrivait que «tout art tire son origine d'un défaut exceptionnel» et que «toute oeuvre est mise en oeuvre de ce défaut d'origine».

Olivier Rohe, Défaut d'origine, 6,10 € (éd. Allia) //

01:51 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

quel pays tout en saluant l'écrit de Rohe, je me demande de quel pays il s'agit ; je ne vois pas (pardonnez mon côté pragmatique) de correlation entre la personnification apparente à l'allemande et celle des effets d'une guerre de gangs (balkans). Merci de m'éclairer de quelle guerre s'agit-il, histoire de ne pas déformer l'allusion à l'histoire.

Écrit par : LE KHAAN | 02/07/2005

mystere personnelement, ayant discuté avec oliver, c'est à dire l'écrivain de ce livre, je connais le pays d'origine dont il est question, mais à défaut de le révéler, je préfère m'en tenir à respecter le silence même de l'oeuvre sur le détail du pays pour ainsi resituer l'esprit universel dont fait preuve ce cher M.Rohe. N 'est-t-il pas dit chez lui que nous ne somme pas singuliers, et donc que cette guerre à proprement parlé n'est pas celle vécue par un homme mais par LES hommes.. Ainsi, même encerclé par la mémoire de l'auteur marqué par un vécu auquel tout le monde n'a pas fait face, le pays déstitué, détruit, étouffé, aliéné par l' horreur dont il a été question peut tout aussi bien faire ressurgir multiples guerres. L'horreur n'est telle pas la même partout quand elle s'implante? L'horreur est suffisemment moche pour qu'il en existe plusieurs, l'horreur est celle des hommes, pas celle d'un inhumain, il n'y a qu'une seule sorte d'homme comme une seule sorte d'horreur. Celui qui qui croit les auteurs de ces désastres sanglants, archarner le pourpre sur leur toile, inhumains ou encore fous, lui retire toute responsabilité. Ainsi le genre humain est responsable de l'horreur aussi bien que l'horreur est responsable de l'humain. "l'humanisation de l'horreur"

Écrit par : justine | 18/01/2006

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