22/04/2004

/Sam sans soucis/

Sam appartient à la " nouvelle génération ". La nouvelle génération est née en 1993, autant dire que la nouvelle génération n'a jamais connu la revue Actuel, le Palace sur le Bvd Lemmonier, Steve McQueen, Les éditions Gallimard, Anita Pallenberg, Starsky & Hutch, Neal Cassidy. Sam est amoureux. Certaines traditions n'évoluent que très rarement. Mesdemoiselles, ne laissez jamais, seul, un jeune homme amoureux. Il va se mettre à pleurer dans un coin, ou pire, se réveiller sans vous. Sam, par exemple, se réveille sans Lilly. Lilly devait se rendre à son cours de journalisme. Elle s'est levée tôt. Le journalisme, c'est important. Informer les gens sur les injustices du monde, c'est important. Sam commence par fouiller dans le linge sale de Lilly. On ne peut pas franchement lui en vouloir. Mesdemoiselles, un homme amoureux, ça fouille, c'est incroyable comme ça fouille, ça fouille mieux qu'un flic, un homme amoureux. Ça fouille par masochisme, ça fouille pour savoir, pour déceler l'inavouable, ça fouille pour faire l'amour encore un peu plus loin, ça fouille pour s'automutiler, un homme amoureux. Sam est dans le salon, il snobe toutes les choses qui ne concernent pas son obsession. Il focalise sur le coin de Lilly. L'obsession, c'est important. Ça permet de mettre quelque chose entre soi et le monde. Sa trousse de toilette, par exemple. Sa trousse de toilette est bien, pas de capote. Dans la poche de la veste de Lilly, des cartes de visites, un assistant réalisateur, une graphiste, un publicitaire, un numéro de portable griffonné sur un bout de nappe en papier. Rien de grave. C'est Bruxelles. Reste l'ordinateur. Sam, arrête ici. N'allume pas cet ordinateur. Va prendre une douche, démarre ta Mini et retourne à Anvers.

Continue à accepter la vie à deux séparément. Sam, s'il te plaît, n'ouvre pas le fichier utilisé cette nuit par ta fiancée. Une histoire, c'est étrange. Au début, une histoire n'est pas là pour nous faire du mal. Je suis seul, tu es seule, nous allons être deux, je vais t'accompagner, tu vas m'accompagner, tu verras, nous allons tenir le coup, tu verras, je ne te ferai pas de mal, tu verras, les naufrages, c'est pour les autres, tu verras, les espoirs comme des bateaux éventrés, cela n'existe pas, au contraire, ce que je veux Sam, c'est te rendre heureux. Juste ça. Te rendre heureux. Sam ouvre le fichier " journal " de Lilly. Cette bêtise de vouloir tout écrire, aussi. CETTE BETISE DE VOULOIR ECRIRE, AUSSI. Il découvre l'Autre. L'Autre s'écrit toujours avec un " A " majuscule. C'est mathématique. Il fait partie de votre vie, maintenant. L'Autre est toujours plus attractif que n'importe quel autre parce qu'on ne connaît pas l'Autre. Plus jamais Sam ne va entendre le prénom de l'Autre sans avoir le ventre qui se fendille. Sam, devant l'écran, du feu dans les veines, les tempes qui cognent, Lilly raconte : " avec l'Autre, j'aime tellement ça, je serais prête à bouffer de la merde pour lui. "

L'écriture, cette connerie. Le placard. Un fond de Rhum au goulot. La rue, un peu d'air, les gens, des inconnus, un comptoir, un double whisky sans glace, une cigarette, une chanson diffusée par une radio. Les moments difficiles ont ce point commun avec les chouettes moments : ils possèdent toujours leurs chansons. Ne plus avoir le choix. Ne plus avoir la moindre possibilité. Lilly n'est plus au lycée. Au lycée, elle était dans ma main, au lycée, je l'engueulais pour un slow avec un autre. Lilly n'est plus au Lycée. Lilly a pris le pouvoir. Il faut se taire. Se taire. Attendre. Elle m'a trompé, et alors ? Elle se dit prête à bouffer de la merde pour lui, et alors ? Les gens se trompent, il faut bien se tromper un peu, se tromper pour vivre, vivre pour aimer, aimer quelqu'un d'Autre à ce point ? Sur le ring, entre Bruxelles et Anvers, la Mini de Sam tombe en panne. Sur la bande arrêt d'urgence, Sam attend une dépanneuse. Les voitures et les camions filent sur la voie de droite à quelques centimètres de lui. Sam ne tremble pas. Sam n'a plus peur de rien.


19:09 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

/ La dépanneuse arrive, sam monte dedans. Trajet sans histoires, arrivé au garrage, attente, attente, attente.
Une jeune fille mécaniciene vient lui parler de sa voiture, sam tremble devant elle.
Chaque chose arrive pour une raison, chaque chose pousse d'autres occasions...

Écrit par : Solidcelib | 12/05/2004

euh... il est très influencable Sam ou très seul ;))

Écrit par : imagine | 24/05/2004

/yeah/ Influençable? Oui, sans doute. Seul? Oui et oui. On est toujours seul, même quand on est deux. En fin de compte, il est un peu paumé. Sam est une de ces "victimes consentantes de l'amour". L'homme moderne a une fâcheuse tendance à jouer à l'enfant ou à pleurer sur son sort. Dans un cas comme dans l'autre, c'est une façon de fuir ses responsabilités, de tricher et, finalement, de ruiner sa vie sociale. Il porte le masque de l'humiliation. Sa devise : "Fichez-moi la paix, et occupez-vous de moi". Mais bon, ça reste un personnage de fiction...

Écrit par : moondog/chien de lune | 02/06/2004

Les commentaires sont fermés.