18/04/2004

/is god a dog ?/

Louis Thomas Hardin, auto baptisé Moondog ou Chien de lune est l’un des compositeurs les plus inclassables du XXème siècle. Il apparaît sur la scène new-yorkaise au début des années cinquante, au coin d’une rue de Broadway où il chante déguisé en Viking (casque, cape et épée) en s’accompagnant d’un tambourin. Il y vend pour quelques cents ses propres poèmes. Aveugle depuis l’âge de seize ans, placé dans un institut spécialisé à Saint-Louis. Il y apprend la musique et les instruments (violon, piano). Peu à peu sa notoriété de clochard – musicien – bohème commence à se répandre à New York. Un producteur de jazz l’enregistre au milieu des années cinquante. Dans les années soixante, des membres de l’Orchestre philharmonique de New York et des jazzmen réputés enregistrent ses très singulières partitions symphoniques. Des musiciens de toutes tendances et de grande notoriété reconnaissent son talent : Toscanini, Bernstein, Janis Joplin (qui chante son All is loneliness), Gillespie, Ellington, Glass et Reich…

Une histoire hors-normes : son père, évangéliste défroqué, tient un relais-poste perdu en plein Wyoming. Louis est élevé par des trappeurs, va à l'école à cheval, pêche et chasse, tape sur des boites à chaussures en guise de batterie et fréquente les indiens du coin. Fasciné par leurs percussions, il se voit offrir par leur chef Yellow Calf, le pupitre du tom-tom en peau de buffle, utilisé lors des cérémonies solaires. Une "consécration" qui fige son destin : ce sera la batterie ! En 1929, âgé de 13 ans, il entame ses études musicales à la Hurley High School. Il les finira en braille (il perd la vue suite à l'explosion d'une amorce de baton de dynamite). En 1943, il s'installe à New-York, fréquente Bernstein, Rodzinski et l'allumé Toscanini dont il avait l'habitude de baiser la main (sic!). En souvenir du chien de Yellow Calf qui hurlait les nuits de pleine lune, il prend en 1947 le pseudo de Moondog et ne cesse dès lors de composer. Une musique rapidement cataloguée d'avant-gardiste, en raison de ses figures rythmiques répétitives (le récurrent tom-tom indien) et d'un son minimaliste. Ses rencontres avec Charlie Parker et Benny Goodman colorent ses oeuvres d'inflexions jazz. Il y ajoute des couplets chantés ou parlés (réflexions philosophiques) et des sons empruntés à l'environnement, naturel comme urbain. C'est à cette époque seulement, qu'il se décide à enregistrer sa musique. Son premier album sort en 1956. Beaucoup de ce qu'on appelle aujourd'hui la worldmusic traverse cette oeuvre où l'on retrouve deux constantes : les percussions tribales (le fameux tom-tom) et les duos de violon, omniprésents, installant toutes les ambiances musicales via des trames répétitives et enjouées, avec une insistance sur les tonalités japonaises (influence de sa femme Suzuko). Les morceaux sont généralement courts et défilent comme autant de "paysages" : "Tree trail" mêle un quatuor à cordes et une volière en effervescence. "Frog bog" : le quatuor à cordes verse dans le répétitif oriental avec les coassements d'une grenouille en contrepoint rythmique des percussions tribales. Sur le morceau "Surf session", c'est le bruit du ressac qui colore la pièce. "Street scene" mixe les percussions, les bruits de rue de Manhattan, le sifflet d'un flic et un dialogue entre Moondog et sa femme Suzuko. La gravité de "Death when you come to me" vient des percussions, incantatoires et mystiques, mais le chant oriental qui les survole est joyeux... Moondog rompt parfois avec ce schéma et se retrouve seul devant son piano (un "To a sea horse" proche d'Erik Satie) ou fait quelques incursions dans l'expérimental, mais du genre ludique, jamais prétentieux, comme sa propre voix enregistrée deux fois sur "Trees against the sky" et montée en superposition (à l'image du "Good-bye and hello" de Tim Buckley ou "The murder mystery" du Velvet Underground). Le génie de Moondog est de mélanger aléatoirement les genres et d'inventer des complémentarités, 50 ans avant que le marketing ne s'en empare (les violons de Bach en visite à Cuba, les bruits du trafic à Manhattan, la sagesse d'un philosophe oriental, la batterie inspirée des rythmes tribaux indiens...).

Ce qui frappe surtout, c'est l'aspect "visuel" de sa musique (sans tomber dans le cliché de l'aveugle qui reconstitue l'Univers à travers les sons). Elle est "l'image" du monde dans lequel évolue le compositeur, un monde en constante redéfinition.

site officiel : http://www.moondogscorner.de



15:43 Écrit par chien_de_lune | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

.. Contente de te voir ici......Je repasserai plus tard, lire tout, tranquillement. Bisou Raf....Continue.

Écrit par : sophie | 18/04/2004

Les commentaires sont fermés.